lundi 14 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 11



- « Vous voilà enfin vous deux ? J'ai crû qu'on allait devoir mettre le dessert dans la cage d'escalier pour vous attirer. »
- « Oh ! Un gâteau au chocolat ? D'où çà sort ? C'est un jour spécial aujourd'hui ? »
- « Il y avait tous les ingrédients, et ta mère était d'accord pour que j'en fasse un ; j'ai pensé que çà pourrait faire du bien à tout le monde... »
- « Très bonne idée Jeff, comme toujours ! »
Adam le lui prend des mains en faisant mine de tout garder pour lui.
- « Et hop ! A moi le bon gâteau ! »
Une bataille joyeuse s'en suit pour remettre le dessert sur la table, et le dîner se déroule incroyablement bien ; le chant de ce début d'été entrant avec l'air frais par la fenêtre, et mes deux gros nounours allongés sur le pas de la porte. Voilà une soirée comme je les aime, avec une famille aimante et une ambiance légère.

Il me reste peu de temps après le repas pour rédiger mon compte rendu de visite, mais je sais déjà sur quoi je vais écrire. De toute façon, étant donné que je n'ai rien écouté du discours interminable de notre guide, je ne pourrai parler de rien d'autre que de ce collier qui m'a tant attirée. Je décide de faire quelques recherches sur internet à propos de la fameuse légende et du nom qui m'a le plus marquée, celui de l'esprit du Loup nommé « Amarok ». Je ferai un dessin du bijou pour enrichir mon devoir.
La légende du collier et des amants maudits ne donnant aucun résultat de recherche, je me contenterai de traiter ce passage en introduction. Par contre il y a bien une légende à propos de la création du monde, concernant Amarok et un certain « Kaïla ».

La légende du loup et du caribou

Au commencement, il n'y avait rien de vivant, pas d'animal, juste le premier homme et la première femme.
Cette dernière demanda à Kaïla, le dieu du ciel, de peupler la terre. Il l'envoya creuser un trou dans la banquise pour y pêcher et la femme sortit un à un du trou tous les animaux qui peuplent le monde, le caribou en dernier.
Kaïla lui dit que le caribou était le plus beau cadeau qu'il puisse leur faire car il nourrira son peuple.
La Femme relâcha le caribou et lui dit de se répandre sur la Terre et de se multiplier.
Rapidement, les caribous devinrent nombreux et les fils de la femme purent le chasser pour manger sa chair et confectionner tentes et vêtements avec sa peau.
Cependant, les descendants de la première femme choisissaient toujours les plus beaux animaux, si bien qu'un jour, il ne resta plus que les plus faibles
et les malades, dont les inuits ne voulaient pas de peur, en les mangeant, de devenir faibles et malades comme eux.
La femme demanda une solution à Kaïla et ce dernier alla rendre visite à Amarok, l'esprit du Loup.
Il lui demanda que ses enfants, les loups, mangent les caribous maigres, malades et petits pour que les troupeaux redeviennent nombreux avec des animaux gros et gras, et que les Fils de la Femme puissent de nouveau les chasser.
C'est depuis cela que, selon la mythologie Inuit, "les Fils, le loup et le caribou ne sont devenus plus qu'un.
Le caribou nourrit le loup, mais c’est le loup qui maintient le caribou en bonne santé".
Le loup est considéré comme un animal indispensable à l'entretien des populations de gros gibier grâce au type de chasse qu'il pratique. Il est ainsi complémentaire de la chasse pratiquée par les hommes.

Ah, ces loups ! Ils sont quand même aimés par beaucoup de peuples, je suis loin d'être la seule. D'ailleurs cette pensée fera une excellente conclusion. Je me régale à dessiner le bijou d'après mes souvenirs quand quelqu'un frappe à la porte.
- « Toc, toc ! Je peux entrer ? »
- « Bien sûr Jeff ! Tu t'en vas ? »
- « Oui, je venais te souhaiter une bonne nuit. »
- « Mouais, j'espère qu'elle sera meilleure que celles de cette semaine... »
- « Pourquoi ? Tu dors mal en ce moment ? »
- « J'ai fait quelques cauchemars... »
- « Vraiment ? »
Son air inquiet me réjouit, il redevient mon prince protecteur.
- « Tu veux me raconter ? »
- « Non, c'est bête, il n'y a pas grand chose à dire... Des loups comme d'habitude, la lune, la peur du noir, tout çà... Freud n'y trouverait pas une miette à se mettre sous la dent. »
- « Hum, l'humour est la meilleure des défenses, hein ma belle ? Tu fais quoi de beau ? »
- « Je termine un compte rendu de ma visite au musée de ce matin. »
- « Le musée ? Tu y es allé aujourd'hui ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? »
- « Ben, je ne savais pas que mon emploi du temps t'intéressait... »
- « Tout ce que tu fais m'intéresse Amy ! »
Oh, penché au-dessus de moi, en appui sur le dossier de ma chaise et sur mon bureau, Jeff me transperce d'un regard chaud comme s'il essayait de lire en moi. Une tension inhabituelle est palpable entre nous. Lentement il se détend et son regard se fait plus doux.
- « J'aimerais que tu me dise toujours où tu vas et ce que tu fais, d'accord
mimi ? »
- « Euh... oui. »
- « Alors, tu as vu quoi d'intéressant là-bas ? »
Sa voix est étrange, comme s'il se forçait à rester calme. Lui aussi marque la lune ou quoi ? Je suis entourée de loups garous ma parole !
- « Amy... tu rêves ? »
- « Ah, oui... pardon Jeff ! Tu sais il n'y a rien de très excitant dans un musée, le guide était plutôt barbant et je n'ai rien écouté de ce qu'il a dit. »
- « Oulà, mais de quoi tu as bien pu parler alors ? »
Il écarte doucement mes bras du devoir sur lequel ils étaient repliés, et son regard se fige sur mon dessin.
- « Amy, c'est quoi çà ? »
- « Ah, c'est une drôle d'histoire ! Heureusement qu'il y avait ce collier, sinon je n'aurais rien eu à écrire. »
- « Raconte-moi ! »
Son ton est sec et ses yeux ne quittent pas mon dessin. Lui aussi est épaté par mon talent comme Lili ?
- « Et bien... »
Je lui déballe tout dans les moindres détails, la gentillesse d'Adam, Mlle Bellange, le guide barbant, le rouquin aux yeux noirs, le collier dans la vitrine, la porte qui tourne sur ses gongs...
- « Comment çà, c'était ouvert ? »
- « Oui, c'est génial ! »
Mon cœur s'emballe à l'idée de parler du bijou.
- « Et après ? »
- « Après il y avait ce collier avec cette magnifique pierre bleue, et ces dents de loup énormes, et quand j'ai posé les mains dessus... »
- « Quoi ? Tu l'as touché ? »
Son regard affolé se jette sur moi.
- « Amy, qu'est-ce qu'il s'est passé après ? »
Il a l'air inquiet, détachant chacun de ses mots. Tout doux Jeff, je n'ai rien volé !
- « Après c'est le trou noir. Je me suis réveillée par terre avec une forte douleur au crâne, et tout le monde autour de moi... »
- « Oh Amy, non... »
Il me prend tendrement dans ses bras et caresse mes cheveux.
- « Tout va bien, ne t'inquiète pas, je n'ai plus mal du tout. »
Jeff se met à genoux devant moi pour avoir les yeux à hauteur des miens.
- « Amy, promets-moi que tu n'iras plus nulle part sans m'en avoir informé avant... je suis sérieux, je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose ! »
- « Euh, d'accord... oui. Mais tu sais, en général je vais en cours et c'est tout. »
Il se lève et fait s'attarder un baiser sur mon front.
- « Tu veux que je te raconte la suite ? »
- « Non Mimi, je dois y aller. Il est tard et je dois voir le Professeur. Tu me raconteras demain, d'accord ? »
- « D'accord, bonne nuit Jeff. »
- « Bonne nuit mimi. »
Son sourire me fait fondre, et une fois mes devoirs et le reste de mes affaires rangées dans mon énorme sac, je me jette sur mon lit avec mon journal.

Cher journal,
Quelle journée encore aujourd'hui ! Au moins elle aura été bien plus positive qu'hier. Adam est devenu doux comme un agneau et serviable avec moi, Jeff qui m'inquiétait est finalement plus protecteur que jamais, et même maman a été calme ! Je soupçonne le gâteau au chocolat d'y être pour quelque chose ;)
Enfin bref, j'ai vu un collier magnifique avec des dents de loup au musée, et j'ai parlé avec le rouquin ( qui s'appelle Tim) et sa sœur Laura. Ah oui, et mon corps se transforme, c'est génial ! Maman dit que je ressemble de plus en plus à grand-mère Bright, et je pense qu'elle a raison... Bref, cette nuit je ne peux faire que de beaux rêves !

- « Hum, çà être elle... »
- « Non... çà être différent... »
Je suis à nouveau perdue dans un noir absolu et glacial, apercevant seulement la lune moqueuse montant doucement à l'horizon, sans daigner m'offrir un soupçon de sa lumière. Je sens des regards braqués sur moi, est-ce de moi qu'ils parlent avec ces drôles de voix ?
- « Oui, çà être elle... çà sentir bon... »
Des doigts maigres et pointus me tâtent de partout et s'enfuient quand je les chasse d'un revers de la main.
- « Mère bientôt là, nous manger... »
- « Gnéhéhéhéhé... »
Des rirent sadiques et sournois éclatent tout autour de moi, ces monstres semblent bien plus nombreux que je ne le pensais... Mon dieu, mais qu'est-ce que c'est ?
Les créatures se taisent peu à peu comme si elles attendaient quelque chose, et je ne vois que la lune, ronde et satisfaite, monter lentement dans le ciel et arriver au zénith.
- « Mère être là ! »
- « Nous manger çà ! Gnahahaha ! »

- « NON ! »
Je me retrouve haletante dans mon lit à essayer de fuir ces bestioles prêtes à me dévorer. La lumière de ma chambre s'allume, et mes yeux se referment à moitié tandis que la réalité fait irruption dans mon cauchemar pour me sauver. Adam est en caleçon sur le pas de ma porte et me regarde effrayé.
- « Amy ! »
Il fonce vers moi pour me rassurer pendant que je cherche encore autour de mon lit la moindre trace de ces monstres.
- « Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as fait un cauchemar ? »
Le visage fermement maintenu par ses mains chaudes, je laisse couler des larmes abondantes.
- « Ils voulaient me manger ! Adam, ils allaient me dévorer ! »
- « Oh, tu vois que les loups çà n'a pas que du bon... »
Je comprends qu'il essaie de dédramatiser mais je n'arrive pas à rire, pas maintenant.
- « Non, c'était pas des loups, c'était des créatures bizarres qui parlaient avec des voix de sorcières... »
- « Bon, en tout cas ce n'était qu'un mauvais rêve, tout va bien, alors essaie de te rendormir, il est tard. »
- « Oui... »
- « A demain petite ! Dors bien. »
Adam me laisse seule dans le noir, et j'allume aussitôt ma lampe de chevet. Je ne pourrai jamais me rendormir, j'ai trop peur de refaire le même rêve !

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