lundi 14 septembre 2015

Roman, "Kaïla" partie 12

 


La nuit a été longue à attendre que le soleil se lève pour m'offrir sa lumière. J'ai fini par somnoler au petit matin, mais la sonnerie du réveil m'a extirpée à la peur de revivre mon dernier rêve. Je m'étire longuement en admirant la lueur bénite qui perce à travers mes volets entrouverts, et me lève péniblement pour aller les ouvrir en grands et m'emplir de l'air frais du début du jour. Mes deux grosses boules de poils m'observent en gémissant.
- « Bonjour mes chiens, bien dormi ? Mouais, vous en avez de la chance ! »
Allez, pas le temps de traîner, quand il faut y aller, il faut y aller !
Maman m'attend en bas de l'escalier, et me regarde descendre les marches avec un air de reproche.
- « Qu'est-ce qu'il t'a prit à toi cette nuit ? »
- « Bonjour maman, moi aussi je suis heureuse de te voir... »
Sa méchanceté m'écoeure tellement parfois, que je préfère répondre par le sarcasme.
- « Ne fais pas la maligne Amy ! Tu as réveillée toute la maison à hurler comme un cochon qu'on égorge ! Regarde les cernes que j'ai maintenant pour aller travailler ! »
Non mais quelle égoïste !
- « Merci pour la comparaison maman, tu ne m'avais jamais donné de petit nom aussi doux ! Et je suis désolée que mes cauchemars t'ai réveillée, mais je te rassure je n'en ai pas dormi de la nuit ! »
- « Tu ne pense vraiment qu'à toi ma pauvre fille ! Maintenant c'est sûr, tu es le portrait craché de ta grand-mère ! »
- « Et oh maman, ce n'est pas comme si elle avait fait exprès de faire un cauchemar ! »
Adam qui me défend contre notre génitrice en furie, voilà qui me ravie.
- « Toi mon grand je te croyais plus malin que çà, mais puisque tu as tant envie de t'occuper d'elle, vas-y, ne te gêne pas pour moi ! »
Et voilà qu'elle s'en va en claquant la porte maintenant. Je la trouve tellement ridicule que j'ai envie de lui hurler qu'elle m'a volé ma réplique, ou plutôt mon geste fétiche. Adam nous prépare un petit déjeuner copieux, en ajoutant le bol de papa qui dort encore.
- « Ne t'en fait pas pour elle, çà lui passera. Pour l'instant tu dois prendre des forces, surtout si tu dis que tu n'as pas dormi de la nuit. »
Pas besoin d'une mère poule quand on a un grand frère comme lui.
- « Merci. »
Je suis morte de faim, et la peur de cette nuit associée à la colère de ce matin me font mordre à pleines dents dans mes tartines.
- « Tu avais les crocs ma paroles ! »
- « Tu l'as dit ! »
Notre complicité naissante me fait comprendre qu'il appuie encore sur mon amour pour les loups, et quand nos regards se croisent nous explosons tous les deux de rire. Une fois de plus la magie opère, et tout mon corps s'en trouve détendu, prêt à affronter une nouvelle journée.

Adam gare son scooter devant l'entrée du lycée, et je le remercie d'un sourire avant de me diriger vers celle des plus jeunes. Quand je pense que je vais devoir passer au minimum sept années de ma vie enfermée dans ce bâtiment austère, à intégrer des données sans intérêt pour les recracher par cœur et les oublier en suivant... je me sens désespérée.
Il est encore tôt et je me décide à faire un tour dans la bibliothèque pour essayer à nouveau d'y trouver un livre d'interprétation des rêves. Je me faufile discrètement à travers les étagères en espérant que les grincements de la porte d'entrée n'aient pas alarmé le Cerbère qui dort, mais rien ici ne semble vouloir m'aider à éclaircir ce qui hante mes nuits.
- « Bonjour. »
La voix éteinte de Tim, arrivé derrière moi sans un bruit, me fait sursauter. Il place un index devant sa bouche mouchetée de tâches de rousseur, et m'indique la sortie d'un signe de tête, tandis qu'il fait le premier pas comme pour m'inciter à le suivre. Personne ne semble nous avoir remarqués quand nous respirons enfin l'air pur de l'extérieur.

- « Qu'est-ce que tu cherche là dedans ? »
- « La même chose que toi, des livres ! »
Sa question est stupide, mais son air toujours aussi sérieux me déstabilise. Je n'arrive pas à savoir ce qu'il pense, et du coup je n'ai aucune répartie possible.
- « Et quel genre de livre ? »
Dis donc toi, tu es bien curieux... Bon sang mais comment peut-il fixer les gens avec un tel regard ? J'ai la sensation qu'il me transperce de part en part, et en même temps c'est comme s'il n'était pas vraiment là, ou pas vraiment vivant. Ces yeux noirs ne vont décidément pas avec le reste de son apparence, et son visage figé n'inspire pas beaucoup de confiance ni de sympathie.
- « Amy, dis-moi si je me trompe, mais tu ne semble pas du tout à l'aise dans cet endroit. En plus tu es bien la première personne que je vois y revenir, en général les professeur ou les autres élèves ne se risquent même pas jusqu'aux premières étagères. Je suis simplement curieux de savoir ce qui peut te donner envie d'y retourner malgré ta gêne. »
Il lit vraiment en moi ma parole ? Ou alors il est fin psychologue !
- « Tu as raison, en général je préfère aller à la bibliothèque municipale, c'est quand même beaucoup plus accueillant. Mais comme elle est fermée pour travaux je n'ai pas eu d'autre choix que d'entrer ici l'autre jour. »
Je sors le recueil de légendes lupines de mon sac et le lui tends.
- « Et voilà ce que j'y ai trouvé, un vrai trésor ! »
Il fixe le livre avec crainte et recule d'un pas comme s'il avait peur que je le touche avec.
- « Il ne va pas te mordre tu sais ? »
Sa réaction, bien qu'étrange, le rend plus humain à mes yeux et j'en retrouve mon humour.
Il relève le visage vers moi, méfiant.
- « Ce sont des livres dans ce genre que tu cherchais ? »
- « Comment çà dans ce genre ? »
- « Sur les loups. »
- « Tu ne les aime pas beaucoup on dirait ? »
- « Qui pourrait les aimer ? Toutes ces histoires ne servent qu'à faire peur ! Autant lire du Stephen King, au moins tu ne crains pas de voir ses histoires devenir réalité. »
- « Stephen King ? T'es fou ? J'ai une peur bleue des clowns depuis que j'ai vu « çà » ! »
Il me regarde avec un air amusé... enfin une expression qui semble se dessiner sur son visage ! Respirer le grand air doit lui faire du bien, qui pourrait garder son âme d'enfant en restant enfermé dans ce caveau ? Nous admirons ensemble la vue sur la ville, emplissant nos poumons de l'air frais du matin. J'ouvre le livre qui s'étale généreusement devant nous sur la murette, et cherche l'histoire du loup blanc pour faire changer l'avis de Tim sur ces animaux que j'adore.
- « Tu vas voir, les légendes ne parlent pas que de mangeurs d'enfants comme dans les contes qu'on nous lisait quand on était petits. Beaucoup de peuples admirent le loup et certains cherchent même à lui ressembler ! »
Je tourne quelques pages et tombe sur des légendes indiennes :

De tous les peuples de notre planète, les Indiens d'Amérique du Nord furent sans aucun doute ceux qui accordèrent au loup le plus d'honneurs. Dans ces sociétés de chasseurs, il devint parfois une divinité alliée, dont les fétiches conciliaient les faveurs. Chez les Iroquois de la région des grands lacs, existaient des «tribus de loups». Ces populations vivant de la chasse et de la cueillette considéraient que le loup était un être supérieur ; elles lui demandaient protection, santé et fécondité.
Les Indiens masqués dansent pour raconter les légendes.
À la suite du loup, apparaissent tous les autres animaux: le corbeau, messager du loup, l'aigle, le cerf,... À chaque danseur son masque, en vertu de la filiation spirituelle que les Anciens décèlent. Celui du loup est porté par ceux dont le courage et l'endurance sont supérieures.
Toute initiation est une reproduction de la mort et de la renaissance.
Cette initiation est la route qu'empruntent les enfants pour devenir des hommes.
Les populations indiennes de la Colombie britannique, Nootka, Kwakiut, Makak, célébraient un rituel (quatre à onze jours) appelé "Klukwana", la danse du loup. Avant la pleine lune du solstice, il ouvrait la saison sacrée de l'hiver où les initiés entrent en communication avec les esprits. Durant le rituel du loup, pour la souffrance qu'ils endurent en silence dans leur chair, les hommes déjà accomplis leur enseigneront le mystère des rites dont ils sont les dépositaires.
Au jour nommé "le jour où ils te taillent eux- mêmes" (troisième jour du rituel), les futurs initiés pratiquaient un quadrillage de scarification sur leurs avant-bras et leurs cuisses (faites au moyen de coquilles de moules), afin de prouver leur bravoure et de rappeler la quête d'Ha-Sass.



- « Bon d'accord c'est un peu barbare, mais ils font çà par vénération envers le loup. Regardes encore celle-là : »


L'Indien, c'est l'homme : l'égal du loup

Chez les Indiens Pawnee, l’identification est particulièrement forte. Dans leur langage, les mots « loup » et « homme », sont identiques, c’est-à-dire « pawnee ». Mais partout, l’Indien se lie à l’animal qu’il respecte et prend en exemple. Il est le modèle du chasseur dont ils revêtaient la peau pour réussir l’approche du gibier, le modèle du guerrier, dont la force et l’ardeur au combat sont sans égales. Mais le loup est aussi une référence d’un point de vue social, dans les rapports au sein du clan ou vis-à-vis de l’éducation des petits.
Bien plus qu'une "vénération", c'est un profond respect qui habite l'Indien à l'égard du loup. L'inverse est probablement vrai également. Plusieurs tribus ont, en effet, uni "le loup et l'Indien", d'égal à égal. Mais toutes partagent cette vision car l'un et l'autre envisagent chaque créature de l'univers comme partie d'un tout.

- « Alors tu vois ? De tous temps les hommes sages ont admiré les qualités du loup et s'en sont même inspiré ! »
Tim ne semble pas convaincu, et son visage froid penché sur le papier ancien, il commence à tourner lui-même les pages jusqu'aux légendes nordiques.

Fenrir

Loup géant des mythes nordiques, il déclenchera le Ragnarok, la fin du monde des mythes nordiques.

Loup immense, fils du dieu Loki et d’une géante, Fenrir était doté d’une force colossale le rendant redoutable, même pour les dieux. Ceux-ci voyaient d’un mauvais œil cette bête, qui était en mesure de les affronter et peut-être de les vaincre, d’autant qu’un oracle les averti qu’un jour Fenrir se retournerait contre eux. Fenrir fut élevé par les Ases et grandit démesurément, à tel point que seul Tyr avait le courage de lui donner à manger. Le roi des dieux, Odin, proposa de l’emprisonner pour ne pas souiller le monde de son sang, ce qu’approuva l’ensemble du conseil des dieux.
A deux reprises ils tentèrent d’enchaîner l’animal, mais sa force était si grande qu’il parvint à les briser. Odin alla alors trouver les nains pour qu’ils lui forgent des chaînes, les plus grosses et les plus résistantes du monde. Quand les nains présentèrent leur réalisation, ils surprirent Odin, car au lieu de lui remettre une chaîne aux lourds maillons, ils lui donnèrent un simple ruban, doux et soyeux créé avec leur magie ainsi que six éléments : le miaulement d’un chat, de la barbe de femme, des racines de la montagne , des tendons d’ours, un souffle de poisson et de la salive d’oiseau. Odin l’éprouva et put constater la résistance du ruban que rien ne semblait pouvoir déchirer, couper, ou rompre. Il nomma ce lien Gleipnir.
Cependant, il n’était pas facile d’attirer Fenrir, d’autant que la créature se méfiait désormais. Les dieux organisèrent un défi dans lequel ils devaient tenter de rompre le ruban. Tous tentèrent et échouèrent et ils proposèrent à Fenrir d’essayer. Le loup refusa dans un premier temps, puis finit par accepter de peur de passer pour un lâche. Cependant il imposa une condition : un des dieux mettrait sa main dans sa gueule pendant qu’il ferait son essai et s’ils tentaient de le piéger il la lui broierait. Les dieux hésitèrent mais Tyr accepta. Dès que Fenrir tenta de rompre le ruban, les dieux le lièrent avec le ruban. Le loup ne se laissa pas faire et comme il l’avait annoncé s’ils tentaient de le piéger, il broya la main de Tyr. Pour finir, Odin lui plaça une épée dans la gueule. Mais les souffrances de Fenrir étaient tellement insupportables qu’il hurlait à la mort. Pour faire cesser ces cris qui l’énervaient, Odin enfonça Gleipnir au plus profond de la terre, avec Fenrir.
Le mythe dit, qu’un jour Fenrir parviendra à se libérer de ses chaînes. Il rassemblera ses frères géants, et ils affronteront Odin et les autres dieux. Ce jour s’appelle le Ragnarok. Dans cet immense combat ils s’entre-tueront ; ce sera alors la fin du monde et il en renaîtra un monde meilleur.

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