Roman, "Kaïla" partie 25

 


Ma chambre est paisible lorsque j'ouvre les yeux, et que mon corps s'étire tranquillement. Une douce odeur de chocolat réveille mes narines ; le petit déjeuner doit être servi. Au moment où je décroche mes volets, en pensant m'emplir les poumons de la fraîcheur matinale, c'est un soleil brûlant qui me regarde depuis son piédestal, en m'obligeant à cligner des yeux... il doit être déjà tard. La cage d'escalier résonne d'une activité bourdonnante, comme si toute la famille était réunie en bas, et en entendant craquer les vieilles planches de bois, mon père m'accueille, tout sourire, au pied des dernières marches.
- « Enfin debout ma grande ? Tu as sacrément bien dormi cette nuit, dis-moi ? »
Il me prend dans ses bras avant que je n'ai eu le temps d'atteindre les carrelages, et me fait tourner comme quand j'étais plus petite.
- « Ah, ah, ah ! Arrête papa, je suis trop lourde pour çà maintenant ! »
- « Mais non, qu'est-ce tu dis ? Tu es toujours ma petite chérie ! »
Quand il m'embrasse sur le front, j'ai l'impression d'être un trésor à ses yeux.
- « Bonjour la puce... »
- « Bonjour papa... »
Une main me décoiffe gentiment par derrière, et mon frère attend que je me tourne vers lui avec un grand sourire.
- « Enfin levée petite ? J'espère que tu as bien dormi, il est déjà midi ; on allait mettre la table... »
- « Midi ? Déjà ? »
- « Oui, et d'ailleurs, tu ferais mieux d'aller t'habiller... si maman te voit en pyjama, çà risque encore de barder pour ton matricule ! »
Quand j'aperçois mon prince dans la cuisine, je me décide pour une fois à faire la coquette, et me dépêche de monter prendre une douche avant d'enfiler ma plus belle robe.
- « A TABLE, AMY ! »
- « OUI, J'ARRIVE ! »
Je fais une entrée remarquée dans la cuisine, où on n'attend plus que moi.
- « Pourquoi on ne mange pas dehors ? C'est dommage... »
- « Avec cette chaleur ? Tu plaisante ? Allez, arrête un peu de te faire remarquer et assieds-toi ! »
J'obéis à ma mère sans discuter en voyant que Jeff m'a gardé une place à côté de lui, et qu'il m'invite à venir le rejoindre.
- « Bonjour Jeff... »
- « Bonjour princesse, bien dormi ? »
- « Oui, c'est grâce à toi, merci ! »
- « A votre service... »
Il attrape discrètement ma main pour y déposer un baiser léger, et je rougis en regardant tout autour de moi, pour m'assurer que personne n'a rien vu.
- « Tu... tu passe la journée avec nous ? Tu arrive bien tôt aujourd'hui... »
Il sourit à présent à son assiette, comme s'il était gêné, puis se tourne vers moi avec un regard qui me fais voler des papillons dans l'estomac...
- « C'est-à-dire que... j'ai dormi ici en fait... »
- « Ici ? Euh... tu veux dire... »
L'idée qu'il soit resté dans mon lit toute la nuit me fait tourner la tête, et je m'adosse, tremblante, au dossier de ma chaise.
- « Non, sois sans crainte... j'étais sur le canapé ! Tous ces coussins, c'est drôlement confortable, tu sais ? »
Un soupir de soulagement m'échappe, mais en même temps j'ai l'impression d'être un peu déçue...
Je regarde le déjeuner se dérouler gentiment sous mes yeux, sans grand appétit, jusqu'au dessert.
- « J'ai refait un fondant au chocolat, une bonne nuit de sommeil çà se fête, non ? »
Jeff est un amour, et mon estomac gargouille enfin à la vue de son gâteau, qui s'accorde mieux que les plats précédents, à l'idée que je me fais d'un petit déjeuner.
Mon frère aussi est adorable aujourd'hui. Il doit être content que je l'ai enfin laissé dormir, car il se dévoue pour tout ranger, et m'envoie gentiment me promener.
- « Va prendre un peu le soleil petite, va ! »
Je ne me fait pas prier pour sortir enfin et respirer l'air pur de l'été. Quand je pense que je n'ai même pas de devoirs à faire pour une fois... maman m'a vraiment engueulée pour rien hier soir...
- « Mimi ? »
Jeff me sort subitement des idées noires où je commençais à me renfoncer.
- « Tes parents sont d'accord pour que je t'amène avec moi aujourd'hui... si çà te dit ? »
- « M'amener ? Où çà ? »
- « Chez moi, enfin... chez le professeur. Tu lui manque, tu sais ? Il aimerait bien te revoir... »
Ma mère a dit oui à çà ? Elle veut se débarrasser de moi ou quoi ? Enfin, peu importe de toute façon, du moment que je pars d'ici et que je passe la journée avec lui...
- « Ok, avec plaisir ! »
- « Bien, alors allons-y ! Ton père a proposé de nous amener... »

La voiture longe un interminable rempart à la japonaise, et papa nous dépose enfin devant l'immense portail de la demeure Mimasu.
- « Ouahou, je ne me rappelais pas que c'était aussi grand ! C'est vraiment le mur d'enceinte de la demeure familiale qu'on voit depuis tout à l'heure ? »
- « Oui mimi, bienvenue chez moi ! »
L'imposante porte de bois s'ouvre de l'intérieur, comme si nous étions attendus, et deux garçons nous adressent un salut martial, le poing dans la paume, auquel mon samouraï répond avec sérieux.
- « Euh... bonjour... merci... »
- « Mademoiselle ! »
Ils nous regardent passer, avant de refermer les portes derrière nous, et j'ai soudain l'impression d'être entré dans un autre monde.
- « C'est vraiment immense ! On dirait une ville dans la ville ! Et qu'est-ce c'est beau ! »
Mes yeux sont attirés de tous les côtés par un décor qui me rappelle celui de mes mangas favoris, tandis que je me laisse guider par mon galant chevalier, qui s'est emparé tendrement de ma main, et m'entraîne avec lui dans les allées bordées de maisons toutes plus belles les unes que les autres.
Les portes coulissantes grandes ouvertes de certaines salles, me laissent voir un spectacle renversant, celui de plusieurs dizaines de personnes en plein entraînement.
- « Dis, tous ces gens, ils font de l'Aïkido ? »
- « Hein ? Oui, bien sûr, nous ne pratiquons que çà ici. »
- « Et tu crois qu'un jour moi aussi je pourrais faire des figures comme eux si je m'entraînais dur ? »
- « Oui... plus tôt que tu ne le penses... »

- « Ayah ! Iiiiyah »
Au détour d'un chemin, nous tombons sur deux filles qui s'entraînent seules dans l'herbe, l'une faisant voler l'autre avant de la plaquer au sol, encore et encore, inlassablement, jusqu'à ce qu'elles nous remarquent.
- « Jefu-san ? »
- « Amy-tchan ? »
- « Encore à vous entraîner dans l'herbe, les filles ? »
- « Tu connais notre penchant pour le grand air ! »
- « Et votre aversion pour l'obéissance et le travail en groupe, oui ! »
Ils semblent très amis tous les trois, et le caractère de ces filles me plaît bien.
- « Mimi, tu te souviens de Sakuya et Alisa ? »
- « Euh... »
- « Heureuse de te revoir Amy-tchan, tu as bien grandi depuis la dernière fois ! »
La grande blonde me tend une main que je serre timidement... il me semble que...
- « Oui, on jouait souvent avec toi quand tu venais ici avec ton frère. Moi c'est Sakuya ! Bienvenue au dojo des Mimasu, Amy-tchan ! »
La petite brune me semble plus douce, avec ses grands yeux de velours noirs qui se plissent joliment, tandis qu'elle me caresse le visage.
- « Bien, nous vous laissons continuer les filles, le professeur nous attend... »
- « Kazuma senseï ? Je ne crois pas qu'il soit chez lui, vous devriez plutôt aller voir du côté du verger... »
Jeff se retourne vers Sakuya, puis fermant les yeux, il inspire profondément.
- « Tu as raison Saku, merci, à plus tard ! »
Il semble légèrement différent depuis que nous avons passé le portail, comme si son aura princière prenait une plus grande ampleur.
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