KAÏLA tome 2, partie 26


      


   - « Le Professeur et Hatori sont en train de lui effacer la mémoire, mais malheureusement le mal est peut-être déjà fait. »
         - « On va vite le savoir ! »
         - « Tu es folle, ou quoi ? Tu pensais vraiment utiliser tes pouvoirs ici, en plein jour, devant tout ce monde ? »
         - « Parce que mon anonymat est plus important pour toi que de savoir si je peux encore sauver la vie sur Terre ? »
         - « On dirait que tout ça t’amuse, mais on n’est pas dans un film ! Et de toute façon, nous ne savons pas si la découverte de ton identité anéantirait tes pouvoirs d’un seul coup ou bien s’ils disparaîtraient progressivement. »
         - « Tu veux dire que même si je suis encore capable de l’utiliser aujourd’hui, il se peut que la magie de la déesse me quitte peu à peu ? »
         - « Malheureusement, oui. Tout est possible. C’est pour ça que nous ne pouvons pas laisser ta mère savoir qui tu es, et ce même si tes pouvoirs sont encore là. Le simple fait qu’elle pense à toi en tant qu’Amy pourrait accélérer le processus et faire disparaître l’âme de Kaïla de ton corps de façon rapide et définitive. »
         - « Et je redeviendrais Amy ? »
         - « Je n’en sais rien, tu sais très bien que ça ne s’est jamais produit puisque personne avant toi n’avait obtenu les pleins pouvoirs. Mais dis-moi plutôt, que s’est-il passé entre ta mère et toi pour que ses souvenirs reviennent ? Lui aurais-tu dis quelque chose ? »
         - « Bien sûr que non ! Je n’ai rien dis ! Elle a seulement trouvé que je ressemblais à ma grand-mère, mais toute la famille pensait la même chose, et ils ne sont pas venus frapper chez vous pour autant ! Ils ne se souviennent pas de moi, eux ! A moins que… »
         - « Non. Le reste de ta famille n’a encore aucun soupçon. Il semble que ta mère ne leur ait rien dit et soit venu directement chez nous après son réveil. »
         - « Comment peux-tu en être sûr ? »
         - « A ton avis ? »
Avant même que j’aie eu le temps de réfléchir à la question, les buissons se mettent à bouger à l’angle du vieux bâtiment, et j’aperçois des poils blancs qui se hérissent tandis que deux yeux perçants se fixent sur moi au travers des feuillages.
         - « Comment as-tu pu être assez idiote pour laisser ta mère te prendre dans ses bras ? Tu le fais exprès, ou quoi ? »
Alisa…
         - « Calme-toi Alisa, et dis-nous plutôt ce que tu sais ! »
         - « Maggie Bright est retournée chez elle un peu sonnée après que Kazuma Senseï et Hatori se sont occupé d’elle. Nous avons vérifié les pensées des autres membres de la famille, et heureusement, aucun d’eux n’a de soupçons. »
         - « Et tu penses que c’est parce qu’elle a pris sa fille dans ses bras que la mémoire de Maggie lui est revenue ? »
         - « Je les ai vues s’enlacer de mes propres yeux, et elle n’a fait ça avec aucun autre membre de sa famille. »
         - « Alors il suffit que je ne les prenne pas dans mes bras ? »
         - « Un contact physique… »
         - « Jeff, réponds-moi ! »
         - « Kaïla, as-tu eu le moindre contact physique avec ton frère, ta sœur ou ton père ? Même un frôlement du bout des doigts ? »
         - « Maintenant que tu me le demandes… je ne pense pas, non. »
         - « Alors il s’agit peut-être de ça ! Je ne suis pas rassuré de te savoir retourner en classe avec Adam, en sachant ça ! »
         - « Quoi ? Tu voudrais que je laisse tomber le lycée ? Mais le Professeur a dit que nos plans devaient rester inchangés ! »
Je regarde le visage de mon Gardien se résigner tout en essayant de trouver une solution, quand une apparition réveille mes sentiments de colère. Laura vient d’arriver et s’est plantée devant l’entrée du lycée en regardant dans notre direction, tandis que les yeux de Jeff la repèrent à leur tour.
         - « Je n’ai pas le choix, si tu veux rester au lycée, alors je vais devoir te suivre et te surveiller. »
         - « Me surveiller ? Quelle blague ! Dis plutôt que ça t’arrange de te rapprocher d’elle ! »
Je ne fais même plus attention au tempérament enflammé d’Alisa qui nous fausse furtivement compagnie, et jette mon casque à la figure de Jeff avant d’aller m’engouffrer dans le couloir principal de l’établissement. Je réussis plus ou moins à maîtriser la rage qui monte en moi, au moment de passer la porte où la voleuse d’homme attend mon Gardien. Cependant, sa jupette virevolte sous l’effet d’une brise soulevant la poussière et les mégots de cigarettes jetés à terre, et je me régale de la voir tant bien que mal maintenir le tissu fin plus bas que son bassin, le visage empourpré de honte.
         - « Vous semblez trouver cela très divertissant, mademoiselle. La souffrance de vos camarades vous met-elle en joie, de bon matin ? »
Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ? Je ne pensais pas qu’il m’adresserait la parole, un jour !
         - « Vous paraissez songeuse, ou peut-être avez-vous perdu votre langue ? Puis-je vous aider à retrouver vos esprits, ou la voix qui vous fait défaut ? »
De quoi il se mêle ce vieux décrépit avec ses airs de tôlier ? Si je n’ai pas envie de lui répondre, rien ne m’y oblige ! D’ailleurs je n’ai pas l’intention de passer la journée en cours à me faire surveiller par Jeff pendant qu’il roucoulera avec Laura, dans mon dos. Mieux vaut pour moi aller rendre visite à Tim plutôt que de rester dans les parages.
Je me donne une contenance en empoignant les bretelles de mon sac à dos qui enserrent mes épaules, et fais un pas de côté pour fausser compagnie au Proviseur, quand sa main empoigne mon poignet d’une force que je n’aurais jamais imaginée. Je voudrais bien user de mes pouvoirs pour m’en libérer, mais mon Gardien entre à l’instant en me foudroyant du regard pour s’assurer que je n’en fasse rien. Aussi, je me retrouve totalement impuissante face à la voix ténébreuse qui s’adresse à moi.
         - « Libre à vous de jouer la prétentieuse en refusant de m’adresser la parole, mais je vous certifie que vous n’êtes pas en position de faire ce qui vous chante, entre ces murs. Ici, c’est moi qui fais figure d’autorité, c’est moi qui ai le plus de pouvoirs, et jusqu’à ce que vous me prouviez le contraire vous devrez vous plier à ce que je vous dirai. »
Résignée, je recule en essayant de retirer mon poignet de son emprise, mais ce n’est que lorsque je baisse les yeux face à lui qu’il consent enfin à me lâcher.
Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés