KAÏLA tome 2, partie 27






- « Bien, puisque vous semblez avoir retrouvé une forme de raison, veuillez suivre vos camarades en cours d’informatique avant que je décide de me montrer moins indulgent. »
Je ne tarde pas à suivre le flot des élèves nonchalants, pressée de quitter la compagnie de cette espèce d’ogre qui a bien failli me briser les os. Il sait certainement qui je suis, ou du moins a-t-il une idée du danger que je peux représenter pour lui et son toutou, dressé pour monter la garde devant leur précieux bouquin. Ceci-dit, je n’ai pas dit mon dernier mot, et dès que le cours d’informatique sera terminé, je compte bien me rendre au collège pour continuer à en apprendre plus sur eux et leurs foutus secrets !
Jeff et Laura attendent devant la salle de classe en se tenant amoureusement par la main, mais une bouffée d’oxygène me soulage de ma torture au moment où j’aperçois Adam venir tout droit vers moi.
         - « Salut toi, ça va ? »
Je m’esquive in extremis de sa tentative de m’embrasser sur la joue, en repensant qu’un simple contact physique avec mes proches pourrait me priver de mes pouvoirs.
         - « Salut Adam. Excuse-moi, je dois couver quelque chose, je préfère garder mes microbes pour moi en ne touchant personne. »
         - « T’inquiète, pas de problème. T’as passé un bon dimanche ? »
         - « Un peu sous pression, mais ça va, merci. »
Il ne semble pas se soucier le moins du monde de voir son ex copine fricoter avec Jeff, et les pouvoirs hypnotiques de mon Gardien le font passer pour un élève on ne peut plus normal au sein de cette classe de terminales. Je réussis à garder mes distances avec mon frère, qui tient particulièrement à s’asseoir au même ordinateur que moi, mais ravale ma fierté et ma joie au moment de voir un jeune couple roucoulant s’installer face à nous. Pour garder un œil sur moi, c’est réussit ! Le loup sceptique ne pouvait pas trouver plus près que ça !
Nous allumons tous nous écrans pour commencer à suivre les instructions du prof, un féru d’informatique qui ne peut cacher son enthousiasme à essayer de nous communiquer son amour du système binaire et de ses secrets. Tant bien que mal, le seul adulte dans la salle tente de nous faire surfer sur les vagues du web, tout en contrôlant les dérives adolescentes qui sévissent ici et là. Cliquant d’un jeu de construction citadine ou de vie virtuelle à leurs réseaux sociaux divers et variés, mes jeunes camarades ont tôt fait de s’éparpiller et de fuir notre réalité. De mon côté, je tente une recherche sur l’O.A.G et le fameux livre  « Le Monde des Rêves et ses secrets », quand tout à coup nous nous retrouvons tous déconnectés. Croyant à une tentative d’autorité du prof, des râlements se font entendre de tous les côtés, quand nous réalisons qu’il est dépassé par la situation et n’arrive pas à trouver d’où vient le problème.
         - « Si ce n’est pas le prof le fautif, il s’agit peut-être du Proviseur ? Ce type est capable de n’importe quoi pour nous empêcher d’avancer ! »
         - « T’es une maline, toi ! Et peut-être un peu rebelle, aussi ? J’aime ça chez une fille, tu sais ? »
         - « Kaïla, tu veux bien cesser de dire n’importe quoi, en public ? Tu veux tout raconter aux simples mortels pour les faire paniquer, ou quoi ? »
         - « Je ne vois pas de quoi tu parles, Jeff. Je n’ai rien dit de particulier ! Tu ferais mieux de t’occuper de tes affaires et du pot de colle qui s’accroche à ton bras ! »
         - « Et tes recherches, à l’instant, sur l’O.A.G ? Tu crois peut-être que ton frère n’a rien vu ? Il a beau faire une fixation sur ton apparence, il n’est pas idiot et commence à se poser des questions à ton sujet, je te signale ! »
         - « Attendez, ça ne vient peut-être pas d’ici. »
         - « Qu’est-ce que tu veux dire, Laura ? »
Ça y est, elle a réussit à ramener l’attention de mon Gardien sur elle. Elle est vraiment forte pour ça !
         - « Ben, il s’agit peut-être d’un bug généralisé, tu vois ? Du genre, internet serait coupé sur la planète entière… »
         - « Pff, les filles et leurs idées ! Ne dis pas n’importe quoi Laura, tu crois à la fin du monde, ou quoi ? Tu regardes trop de films, ma vieille ! »
Je ne pensais pas mon frère aussi macho, et lui jette un regard noir qui le calme aussitôt. La brunette n’a peut-être pas tort, après tout ?
         - « Et si… »
         - « Kaïla, fais attention à ce que tu vas dire ! »
Je prête peu d’intérêt au conseil de mon Gardien, mais en regardant autour de moi tous les élèves qui sortent leurs téléphones portables pour tenter de se relier à leurs réseaux d’« amis », je suis forcée de constater que Laura a effectivement raison. Il semblerait que quelque chose nous empêche de nous connecter à internet, quel que soit les moyens employés…
- « Hé ! Ça y est, ça remarche ! »
Le nez collé à son écran, un garçon réanime toute la classe, qui se réjouit de pouvoir reprendre ses activités… sans se poser de questions sur ce qui a bien pu arriver. Quand l’heure se termine enfin, je profite du chahut général pour attraper mon sac et fausser compagnie au reste du groupe. Le chef d’établissement sort justement de son bureau en se dirigeant vers le collège, et je me garde bien de rester dans son champ de vision, au moment où je décide de suivre ses pas. Je ne suis pas du tout étonnée de le voir pousser la vieille porte en bois de la bibliothèque des plus jeunes, et je n’attends que quelques secondes avant d’y entrer à mon tour, profitant du mince espace qui m’est offert pour m’immiscer, avant que le passage ne se referme, poussé par un puissant courant d’air.
En avançant à pas feutrés entre les étagères, j’ai tôt fait de capter le son de quelques voix, puis enfin une conversation. Il semblerait d’ailleurs qu’Hermano et le Proviseur ne soient pas seuls, mais il m’est impossible de distinguer un visage ou une silhouette, sans me mettre moi-même à découvert.
         - « J’espère que vous savez ce que vous faites, Père. »
         - « Ne t’inquiètes pas, mon fils. Hermano est tout à fait capable de protéger le Livre. »
         - « Ici ? Vraiment ? Au milieu de tous ces mécréants ? »
         - « Je pourrais t’en céder la garde si tu avais un lieu ou le cacher, mais que peut faire un homme dans l’errance, face à celui qui possède son propre toit ? »
         - « Je l’aurai bientôt, mon toit ! Et tu t’en mordras les doigts de m’avoir ainsi offensé ! »
         - « Allons ! Calmez-vous, maintenant ! Vous croyez peut-être que nous avons le temps pour ce genre d’enfantillages ? Nous n’avons plus les mêmes forces qu’autrefois, et nos ennemis sont puissants. Je vous rappelle qu’aujourd’hui est un jour particulier pour nous, et nous avons encore du travail pour préparer notre cérémonie. »
         - « Bien Père, mais j’espère qu’il saura tenir parole, sans faillir à la tâche. »
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